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Coup d’État en Birmanie: l’armée cède à ses vieux démons

Les militaires birmans se sont emparés du pouvoir ce lundi 1er février. Ils ont arrêté leur archi-ennemie Aung San Suu Kyi comme au temps de la dictature de la junte. La « Tatmadaw », nom birman de l’armée, ne supporte toujours pas de céder le pouvoir.

« Pour être franc, on pensait qu’ils bluffaient, confie Phil Robertson, joint par notre correspondante à Bangkok, Carol Isoux. En fait cela ressemble beaucoup à ce qui s’est passé aux États-Unis avec Donald Trump, mais dans le style birman : des allégations de fraude électorale massive sans preuve. Mais on pensait que c’était juste une façon pour les militaires de faire pression sur Aung San Suu Kyi et la Ligue nationale pour la démocratie. Le fait qu’ils osent aller jusqu’à monter un coup d’État sur un prétexte de situation d’urgence fabriquée de toutes pièces, c’est une véritable catastrophe pour le peuple de la Birmanie. C’est comme s’ils jetaient à la poubelle une victoire électorale écrasante d’un parti pro-démocratique dans des élections qui ont été constatées par tous les observateurs locaux et internationaux comme des élections justes et valides. »

Au-delà du prétexte « à la Trump » de la « fraude électorale massive », le coup d’État de ce 1er février reflète une constante chez l’armée birmane : elle n’arrive pas à se retirer du pouvoir politique. D’aucuns diront qu’elle a encore cédé à ses vieux démons, laissant penser qu’elle referme aujourd’hui une « parenthèse démocratique » de quelques années.

De la dictature à un transfert du pouvoir en trompe-l’œil

C’est que le passé pèse encore lourd. La Tatmadaw, le nom de l’armée birmane, a directement gouverné le pays pendant près de cinquante ans après le coup d’État de Ne Win en 1962. Longtemps, elle s’est vue comme le gardien de l’unité nationale.

D’accord pour un transfert du pouvoir aux civils, les militaires se sont néanmoins taillé un rôle incontournable dans le système politique à travers la nouvelle Constitution de 2008. Ainsi peuvent-ils nommer 25% des sièges dans les deux chambres du Parlement en plus des députés qu’ils peuvent faire élire par ailleurs à travers leur organe politique, le parti USDP. Ils conservent les ministères clés de l’Intérieur, de la Défense et des Frontières. Aucune réforme constitutionnelle ne peut être votée sans eux, puisqu’elle nécessite une majorité des trois quarts au Parlement.

RFI

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