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Point de mire. Fuites téléphoniques/Quand Ahmedou Ould Abdallah tire sur la sonnette d’alarme.

Il est très rare qu’Ahmedou Ould Abdallah l’ancien envoyé spécial de l’ONU, s’invite dans des débats lancés sur des questions de l’actualité nationale.

En lisant la mise à point qu’il a faite sur les écoutes téléphoniques, on comprend aisément que la mise en garde faite par l’ancien fonctionnaire Onusien tend à attirer l’attention des pouvoirs publics et de la classe politique sur le danger que ces fuites téléphoniques pourraient causer à la réputation du pays ou à ses intérêts sur le plan national et international.

Ahmedou Ould Abdallah, l‘un des diplomates africains, dont le passage au Secrétariat Général des nations-Unies a connu un grand succès et fait référence, considère que cette pratique peut représenter un danger réel si elle n’est pas contrecarrée à temps et avec fermeté avant qu’elle n’ouvre la voie à d’autres pratiques illicites et immorales plus graves.

De tels agissements peuvent entrainer les craintes des investisseurs étrangers, faire prendre leur distance par les chefs d’entreprises, les employés internationaux en mission dans le pays, mais aussi les diplomates.

Si partout ailleurs dans le monde et même très souvent les écoutes téléphoniques sont pratiquées par des institutions compétentes pour traiter les enregistrements dans l’intérêt du pays, ces agissements sont effectués dans la légalité juridique et suivant des conditions définies par la loi. Et même dans ces cas, le caractère moral des communications interdit de les divulguer ou de les utiliser à des fins nuisibles pour les personnes placées sous table d‘écoute.

Toutes les autres pratiques qui sortent de ce cadre précis sont assimilés à des agissements de mafias. Ces pratiques ciblent des victimes, les placent sur écoute et exploitent leurs communications à des fins de chantage pour nuire à leurs réputations, leurs images de marque, ou pour exercer sur elles des pressions. C’est un comportement qui est assimilé au crime organisé et au grand banditisme.

Personnellement, je ne me serais pas versé dans des mises aux points, si la diffusion des enregistrements n‘avaient pas ciblées Mohamed Ould Bouamatou et Oud Waghef, et si, par ailleurs, Ahmedou Ould Abdallah, un homme distingué par son honnêteté morale et intellectuelle n’avait pas fait de commentaires sur cette affaire.

En ce qui concerne Ould Bouamatou, il n’est pas surprenant de retrouver comme « par hasard » de temps en temps et ça et là étalées sur les réseaux sociaux des conversations privées de ce célèbre homme d’affaires, converti en homme politique d’envergure internationale.

La raison est toute simple. Ould Bouamatou a été une décennie durant placé sous écoute par des moyens illégaux et par des pratiques « hors-la loi ». Espionnage d’un homme qui portait la signature des services secrets d’Ould Abdel Aziz dans la « guerre des tranchées » que celui-ci livrait contre lui pour son intérêt personnel.

Ce n’est pas surprenant non plus de retrouver versés sur les plates-formes des réseaux sociaux, des conversations qui sont attribuées à Ould El Waghef. Ould El Waghef est pour Ould Abdel Aziz l’homme tout désigné pour être ramené « mort ou vif » politiquement pour plusieurs raisons évidentes.

Ancien premier ministre du régime auquel Ould Abdel Aziz avait arraché le pouvoir en 2008, député respectable et respecté, président d’un puissant parti politique et membre influent et très crédible d’une commission parlementaire qui est à l’origine du renvoi de Ould Abdel Aziz devant une juridiction habilitée à ouvrir les grilles de sa cellule, cet homme constitue pour Ould Abdel Aziz un danger permanent.

Il reste à ajouter à ces deux éléments la sonnette d’alarme sur laquelle à appuyé l’ancien diplomate Onusien Ahmedou Ould Abdallah qui est connu unanimement par tous les mauritaniens comme un nationaliste intègre moralement et politiquement.

Les fuites téléphoniques, des mises en gardes ?

La question qu’on peut se poser est celle de savoir qui est derrière ces enregistrements illégaux et qui est derrière leur « déversement » sur les plates-formes des réseaux sociaux.

Pour répondre à cette question, il faut peut être remonter dans le temps.

Avant de prendre le pouvoir avec force et fracas politiques et militaires combinés, Ould Abdel Aziz, à la tête du Basep avait été mêlé à un scandale. Celui auquel les mauritaniens ont donné le nom de « Ghanagate ». Une véritable arnaque » dira l’ancien président au cours de sa dernière conférence de presse.

Une arnaque qui mêlait Coumba Ba à une affaire dont le but était de faire entrer « légalement » et en toute « illégalité » près de vingt deux millions de dollars appartenant à un « mystérieux » investisseur d’une nationalité « instable » qui cherchait à passer par un raccourci (Aziz) plutôt que la voie légale de l’investissement dans le pays dont pourtant les conditions sont favorables.

Dans cette affaire au début alléchante, Ould Abdel Aziz avait été « floué ». 300.000 dollars, selon lui – appartenant à un proche parent de l‘actuel président (cité pour la première fois dans cette affaire au cours de la conférence de presse), se sont évanouis dans la nature au Ghana. Arnaqué, Aziz le puissant commandant du BASEP est fou furieux. 300.000 dollars empruntés sous forme d’avance opérationnelle se sont évaporés.

Ould El Ghazouani dont le rôle (même si cela n’ pas été dit) semble avoir été celui de s’être porté garant de l’avance opérationnelle dont Ould Abdel Aziz avait besoin, est coincé par la tournure inattendue de cette affaire « véritable arnaque ».

C’est le scénario le plus plausible qui permet de rassembler les pièces du puzzle de cette affaire qui jusqu’à cet instant ternit l’image d’un homme devenu plus tard chef d’état dont l’autorité était contestée.

Ce qu’il faut rappeler peut être c’est que cette année là où le scandale est arrivé coïncidait avec une époque de montée en puissance de la cyber criminalité dans le monde. Au cours de cette période des « pseudos » attiraient dans leurs pièges des personnes pour dire qu’elles ont des millions de dollars d’héritages, ou d’importants fonds à sécuriser ou à investir.

Aziz à l’époque commandant du Basep serait-t-il tombé dans l’un des pièges des « brouteurs » qui se faufilaient par internet entre les filets des gendarmes de la cyber criminalité de la Cote d‘Ivoire au Togo, en passant par le Bénin, le Ghana et l’Afrique du Sud ? Il est fort probable que la réponse soit oui.

Il reste cependant difficile de confirmer cette hypothèse avec certitude étant donné qu’aucune réponse à cette question n’a été apportée par Ould Abdel Aziz lui même qui n’est jamais en réalité rentré dans les détails de cette sordide affaire dont Coumba Bâ connait probablement tous les tenants et tous les aboutissants.

Mais le silence de cette femme avait été payé par des promotions et des fonctions importantes qui lui ont été confiées sous le régime d’Oud Abdel Aziz et par héritage sous celui de son successeur.

Comme dans un roman policier

La boucle de cette boucle a été bouclée par notre confrère Ould Hannefi qui avait fait parler en direct l’homme qui serait l’auteur supposé de cette grande arnaque. L’homme en question, (dont Ould Abdel Aziz semblait avoir oublié le nom au cours de sa conférence de presse), avait révélé qu’il s’était retrouvé pris en otage entre les quatre murs d’une villa de Tevragh Zeina pour un interrogatoire musclé, des tortures physiques et morales comme dans un roman de Gérard de Villiers.

Mais le problème n’était pas seulement celui de cette histoire des « malles » qui devaient être enregistrées comme bagages accompagnés et « escortés » depuis le Ghana. Le problème était ailleurs.

En pleine tourmente politique, au moment où il s’attendait le moins, Ould Abdel Aziz, qui dirigeait le pays par une dictature qui tournait à plein régime, est secoué par un scandale sans précédent.

Sur un enregistrement largement partagé sur les réseaux sociaux, on l’entend dire à quelqu’un qui pourrait être -un « intermédiaire » dans cette affaire,- de « leur » ordonner de prélever le montant sur le contenu de l’une des malles, malles dont le nombre n’a pas été précisé.

Coup de poignard dans le dos d’Ould Abdel Aziz, au mauvais moment. Pris de panique, il apporte une première fois un démenti cinglant à ces « rumeurs » avant de retrouver ses mémoires et d’expliquer qu’il s’agissait d’un irakien qui avait des enfants de bas âge, qui souhaitait venir vivre en Mauritanie assurer une bonne éducation islamique à ses enfants et y investir son argent. Piégé et humilié, Ould Abdel Aziz, tire les leçons du coup bas « politiquement empoisonné » qui lui a été porté par la révélation de ce scandale. Il va prendre sa revanche.

Le pourquoi de la mise en place de tables d’écoutes

A cette époque, la Mauritanie traverse une zone de turbulence. La sous région est instable et secouée par des activités terroristes intenses qui touchent la Mauritanie par des actes terroristes multiples.

(Attaques de Limghaity et El Ghalawiya, assassinat des français à la sortie d’Aleg, enlèvement de touristes sur la route de Nouadhibou, enlèvement des touristes près de la frontière du Mali non loin de Kobeni, meurtre prémédité d’un américain au Ksar, l’explosion d’un Kamikaze près de l’Ambassade de France, échanges de tirs entre des terroristes et la police en plein cœur de Tevragh Zeina, explosion d’un véhicule bourré d’explosif dans la banlieue de Nouakchott, activités intenses de recrutements de sympathisants de groupes terroristes et Djihadistes sur le territoire national).

Oud Abdel Aziz, qui ne faisait pas tellement confiance aux militaires qui ne l’avaient pas porté au pouvoir mais qui avaient accepté le fait accompli devant lequel il les avait mis, faisait face à la fronde politique d’une opposition bien organisée.

Afin d’assurer sa propre sécurité et celle de son pays il s’est, -selon certains- lancé, dans la mise en place de systèmes d’écoutes qui touchaient les milieux des commandements militaires, les opposants politiques, les membres du gouvernement, les députés, les sénateurs, les journalistes, les artistes, certains activistes de la société civile en particulier des les droits de l’Homme, des directeurs d’établissements publics et parapublics et cela pour des raisons de sécurité et de sûreté de l’état.

Il profite donc de cette situation et de cette occasion pour se venger de ceux qui lui ont tiré une balle dans le dos en publiant la communication téléphonique du scandale de Ghanagate.

Et comme un drone de surveillance il avait posé un regard à 380 degrés sur les activités de tous ses ennemis potentiels.

C’est ce qu’affirment en tout cas certains proches du cercle du pouvoir. Il avait créé donc selon certains, une toile d’araignée d’écoutes pour des raisons de sécurité, de sûreté d’état mais surtout pour son intérêt personnel. Et c’est d’ailleurs en partie grâce à ces mises sous table d’écoutes qu’il a assuré la sécurité intérieure du pays.

En résumé, même si, rien ne prouve jusqu’ici que l’ancien chef de l’Etat est derrière ces derniers scandales de « fuites » de communications téléphoniques, il faut simplement rappeler qu’avant l’affaire de Ould Waghef, déjà, des écoutes laissées trainées sur les réseaux sociaux diffusaient des conversations entre Ould Bouamatou et certains de ses proches.

Et avant celles-ci une communication téléphonique attribuée à l’actuel président avait été mise en ligne lors de la campagne présidentielle pour nuire à sa réputation.

Certains pensent, qu’Ould Abdel Aziz, a en sa possession un stock d’éléments sonores compromettants qu’il pourrait au besoin, utiliser en les confiant à des mains « indélicates » pour brandir des menaces contre certains qui s’acharnent contre sa propre personne.

Et c’est pourquoi, peut être il avait laissé « sous entendre » lors de sa dernière conférence de presse à laquelle j’ai pris part, qu’ « ils » ont des dossiers sur chacun des membres de la commission d’enquête parlementaire. Qui « ils » ? Lui et qui ? La question se pose bien.

Ce qui est certain, c’est que comme l’a dit Ahmedou Ould Abdallah, ces « fuites voulues » si elles ne sont pas arrêtées et leurs auteurs neutralisés, peuvent avoir des conséquences qui dépasseront le cadre du simple règlement de compte politique. Elles peuvent par glissement, et effet d’entrainement, entrainer des dégâts collatéraux en touchant à la crédibilité du régime en place et cela au mauvais moment. Mais également elles risquent de mettre tous les responsables du pays dans l’inquiétude.

Parce que si ces communications continuent d’être divulguées pour nuire à l’image de certains, personne ne parlera plus au téléphone. Même pas à sa propre femme pour lui demander par exemple si les enfants sont rentrés de l’école. Parce que simplement personne ne pourra vraiment pas savoir qui écoute qui et quand une autre communication scandaleuse sera libérée sur la toile.

Mohamed Chighali

 

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